Voter ou s'abstenir, telle est la question

Publié par guillaume, le 20-05-2019    



L’élection européenne a lieu le 26 mai en France et face au chaos qu’il y a en France, certains entendent bien voter, « pour n’importe qui sauf Macron ». D’autres, comme Djordje Kuzmanovic ou Michel Onfray, appellent à l’abstention face à la « mascarade » que représente l’élection européenne. Enfin, d’autres encore comme Philippe Pascot prônent le vote blanc lors de ces élections. Mais quel impact aura l’abstention ou le vote blanc lors de cette élection ? C’est ce que nous allons voir ici.


1) Que dit la loi sur le vote blanc ?

Jusqu’en 2014, le vote blanc étant comptabilisé comme nul. Pour rappel, un vote nul est un vote pour lequel l’enveloppe contient un bulletin raturé, déchiré, au nom d’une personne qui ne se présente pas ou au nom de plusieurs personnes. Ainsi, pour l’élection présidentielle de 2017, il y a eu 1 568 426 (!) bulletins blancs ou nuls au second tour. Il est donc impossible de savoir la proportion de bulletins blancs. Depuis la loi du 21 février 2014 qui est l’aboutissement d’une proposition de loi déposée à l’Assemblée Nationale en juillet 2012, les bulletins blancs sont décomptés séparément des bulletins nuls. Ceci avait pour objectif de faire reconnaître que le vote blanc est un acte citoyen qui se distingue de l’abstention, l’électeur s’étant déplacé à son bureau de vote.L’article L65 du code électoral précise que : « les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n'entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. Une enveloppe ne contenant aucun bulletin est assimilée à un bulletin blanc. » Si l’on peut désormais connaître le nombre de bulletins blancs lors d’une élection, ceux-ci ne sont pas pour autant important puisqu’ils n’entrent pas en compte dans les suffrages exprimés. 


2) Quelle est l’utilité du vote blanc ?

La seule utilité du vote blanc est l’impression que donne le score du vote blanc. Par exemple, les gens qui s’intéressent au score électoral d’un scrutin pourront voir le score du vote blanc et ainsi constater le nombre de personnes qui manifestent leur désaccord quant au choix proposé lors de l’élection.

Mais ça s’arrête là. Car ceux qui ne regardent pas de près les différents scores ne verront pas la part du vote blanc. Ils verront simplement le score des candidats et, éventuellement, l’abstention relayée par les médias. C’est donc une utilité très superficielle, sinon inexistante.


3) Le vote blanc et l’abstention

L’abstention, comme le vote blanc, n’est pas compté dans les suffrages exprimés. Pour illustrer cela, regardons la simulation des différents scénarios d’une élection.

Scénario 1 : 

Tous les abstentionnistes votent blanc, il y a donc 50% des inscrits qui votent blanc. Le candidat A obtient 30% des inscrits et le candidat B obtient 20% des inscrits. Les résultats sont les suivants : 



Malgré un large avantage du vote blanc, le candidat A est élu avec un score confortable de 60% des suffrages exprimés… alors même que la participation est de 100% ! 


Scénario 2 :

25% des inscrits d’abstiennent, 25% votent blanc, 30% votent pour A et 20% pour B.



Le candidat A est élu avec un score confortable de 60% des suffrages exprimés, pour une participation très satisfaisante de 75%.


Scénario 3 :

Aucun inscrit vote blanc, 30% votent A, 20% votent B, les autres s’abstiennent.



Le candidat A est élu avec un score confortable de 60% des suffrages exprimés, pour une participation décevante de 50%. 


Conclusion : dans les 3 scénarios, le candidat A est élu avec 60%, et ce malgré un score réel des inscrits de 30%. Et encore, les non-inscrits ne sont pas pris en compte. On constate que le vote blanc fait augmenter la participation et donc conforte le candidat A dans sa victoire.

En fait, les votes blancs et l’abstention se répartissent proportionnellement sur les candidats. C’est-à-dire qu’ils favorisent particulièrement les candidats qui font le meilleur score. Le vote blanc, lui, fait en plus augmenter la participation !





4) Que se passerait-il en cas de forte abstention ?

Pour répondre à cette question, il suffit de regarder les précédents scrutins des élections européennes ayant eu une forte proportion d’abstention. On peut citer par exemple l’élection européenne française de 2009 qui a connu 60% d’abstention. Au final, les députés européens français ont siégé (ou pas, vu leurs absences..) au parlement européen comme si de rien n’était. La même année, il y a eu 80% d’abstention en Lituanie et cela n’a rien changé non plus. 

J’évacue l’hypothèse d’une forte proportion de votes blancs puisque sa probabilité est nulle. En effet, on voit mal 50% des français se déplacer lors de l’élection européenne pour mettre un bulletin blanc…


5) La reconnaissance du vote blanc : pourquoi fait-elle si peur ?

Le vote blanc aurait cependant une très grande utilité s’il était reconnu comme tel. Une utilité bien plus profonde que l’on peut l’imaginer. D’ailleurs, 86% des français sont favorables à la prise en compte du vote blanc.

Alors pourquoi nos politiciens refusent-ils absolument cette reconnaissance ?

Reconnaître le vote blanc enclencherait un engrenage extrêmement dangereux pour eux. Tout d’abord, il faudrait envisager que celui-ci arrive en tête d’une élection : que fait-on dans ce cas ? Refaire l’élection avec des candidats différents ? Et puis, s’il arrive en deuxième ou en troisième position, un candidat serait officiellement élu avec moins de 50% des suffrages lors d’un second tour. Il aurait donc un manque crucial de légitimité. Et même si c’est déjà le cas, les chiffres ne pourront pas maquiller ce manque de légitimité. Récemment, la reconnaissance du vote blanc de plein exercice a été plébiscité lors du « grand débat ». Et malgré le terrible bilan du nombre de mutilés parmi les Gilets Jaunes, Emmanuel Macron a une nouvelle fois refusé de reconnaître le vote blanc de plein exercice. 


6) Alors que faire ?

Et bien, si l’on veut vraiment envoyer un signal fort à Macron, il faut que la liste « Renaissance » qu’il soutient fasse le plus bas score possible lors de cette élection. Comme nous l’avons vu, l’abstention et le vote blanc renforce ce score à défaut de le baisser. On imagine tous les éditorialistes se féliciter de voir la liste de Madame Loiseau obtenir 25 à 30% des suffrages, ce qui encouragerait encore plus Macron à « garder le cap ». Rappelons que c’est la première élection nationale depuis son élection, et que les observateurs sont restés sur un score confortable de 66% des suffrages pour Macron au second tour de l’élection présidentielle. Le seul moyen de s’opposer à cette politique est donc de voter pour les opposants à Macron. Et même si cela ne suffira certainement pas à l’arrêter, sa légitimé, déjà faible, s’effondrera à nouveau, en particulier sur la scène internationale. 


Guillaume


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