Les nouveaux commissaires européens condamnés ( ou presque )

Publié par Jack Often Back, le 22-09-2019    

En novembre prochain, nous changerons de Commission européenne, dont la présidence passera de Jean-Claude Juncker à Ursula von der Leyen.
Rien qu'en écrivant ces mots, l'on a l'impression d'y gagner au change sur le point de l'exemplarité en politique, et le rapport à la boisson. Mais n'est-ce qu'une impression ? Les commissaires européens seront-ils enfin tous munis d'un casier judiciaire vierge, absent de tout procès ou affaire de toute catégorie ? Rien n'est moins sûr. Jetons un oeil aux points noirs de la commission qui aura l'honneur d'appliquer une politique dont Emmanuel Macron croit être à l'initiative (spéciale dédicace aux GOPE).


Ursula : une bourde et une casserole dans le CV.

Suite au Balkany de la Commission européenne dont la sciatique lui fait subir des comportements dignes d'une sévère consommation de drogues, Ursula von der Leyen semble faire l'effet d'une bonne élève. Mais elle n'est pas blanche comme neige, et c'est avec une nette impopularité qu'elle quitte ses fonctions de ministre de la Défense d'Angela Merkel.
L'on lui reproche une mauvaise gestion économique, la vétusté et le manque de moyens matériels de l'armée de son pays. De plus, sa couverture de l'arrestation d'un soldat allemand néonazi a été très mal perçue ; critiquant une complaisance de l'armée vis-à-vis de ce délinquant idéologique, elle s'est attirée les foudres de ceux qui savaient faire la différence entre un soldat coupable, et le reste de l'armée.
Enfin, en plus de la mauvaise gestion de son ministère, l'ancienne dauphine de Mme Merkel fait l'objet d'une affaire de corruption et de soupçons de favoritisme. Des consultants externes auraient été recrutés par son institution, qui pourtant, n'a pas émis appel d'offre correspondant. Plusieurs dizaines de millions d'euros sont en jeu, et une commission d'enquête parlementaire s'est saisie du dossier.


Véra Jourová ou la contradiction

Déjà commissaire européenne sous Jean-Claude Juncker, Véra Jourová est membre d'ANO 2011, ce parti membre de l'ALDE (Parti radical en France, proche de la République en marche) a été décrié dans les média français pour ses positions "populistes" (si ce mot a un sens...?) et anti-immigration.
En 2006, elle a été accusée d'avoir reçu deux millions de couronnes tchècques du maire de Budisov, pour accorder un financement public à la reconstruction du château de la commune. Ceci lui a valu d'être placée en détention provisoire, mais elle a été lavée de tous soupçons par la suite.
Lors de sa nomination comme commissaire à l'égalité des genres, l'Obertvatoire européen a "exprimé de sérieux doutes" sur un possible conflit d'intérêts. Celui-ci, s'il en est bel et bien question, serait dû aux liens entre Jourová et Andrej Babis, alors ministre des finances tchècque, homme d'affaires et milliardaire par ailleurs.
Ironie du sort, Véra Jourová est chargée des Valeurs et de la Transparence.


Didier Reynders, le belge au centre des accusations

Membre des réformateurs belges francophones (parti du fédéraliste Guy Verhofstadt, membre de l'ALDE, centriste), Didier Reynders est ministre depuis 1999 sans discontinuité, ayant simplement changé de portefeuille plusieurs fois. Il n'a jamais été élu, bien qu'il ait déjà été candidat.
Sa réputation est sulfureuse depuis sa rencontre avec le prince saoudien Nayef Al-Shaalan, trafiquant de drogue notoire ayant des liens réguliers avec des groupes armés en Syrie. Par ailleurs, il a été accusé, par un membre des services de renseignement belges, d'avoir "touché des pots de vin dans des affaires de marchés publics". Sociétés écrans, oeuvres d'art surfacturées et transactions immobilières sont la nature exacte des faits reprochés.
 


Sylvie Goulard, le cas d'école

Celle que nous le connaissons mieux dans toute cette bande, c'est notre ancienne ministre filante des Armées. Sylvie Goulard, mise en cause dans l'affaire des assistants du MoDem au Parlement européen, avait préféré disparaître des projecteurs. Du fait de cette affaire, dont les éléments ont été avancés par l'Office européen de lutte antifraude, elle a accepté de rembourser 45 000 euros à l'institution de Strasbourg. Marianne a également révélé qu'elle avait « quasi-entièrement recopiés d'un argumentaire du lobby des banques allemandes » dans le cadre de la réforme bancaire de 2016. Ceci pourrait avoir joué dans sa nomination, puisqu'on lui reconnaît une grande popularité au sein de la droite et des milieux bancaires allemands.
L'on se souvient enfin qu'elle avait co-fondé le groupe Spinelli (organisation peu ou prou confidentielle réunissant des fédéralistes européens comme Daniel Cohn-Bendit ou Guy Verhofstadt), ce qui a peut-être eu, également, un rôle dans sa candidature.
 


László Trócsányi, un peu trop complaisant ?

Peu de choses sont à dire sur cet ancien ministre de la Justice de Viktor Orban, sinon que, sous sa mandature, il a contribué à l'accueil par la Hongrie de Nikola Gruevski, ancien premier ministre macédonien, accusé de corruption. Par ailleurs, EUobserver lui attribue une responsabilité dans "l'érosion de l'état de droit" de son pays. Quoi qu'il en soit, son choix par Orban ne devait pas être une très bonne nouvelle pour l'Union européenne : il approuve la politique migratoire du Premier ministre de son pays, et réfute comme lui la suprémacie de l'Union européenne sur la politique des Etats-membres, bien qu'il ne donne que pour seul exemple l'immigration. Dans le rayon des commissaires qui pourraient gêner l'Union européenne, l'on note la socialiste finlandaise Jutta Urpilainen qui a déclaré que la  Finlande préfèrerait quitter la zone euro que de payer la dette des autres pays.
 


Phil Hogan, l'irlandais qui semble aimer le Mercosur

Non touché par quelque affaire que ce soit, le renouvellement de Phil Hogan à la Commission européenne n'est pas très bien reçu par les irlandais. Les syndicats d'agriculteurs du pays ont pointé du doigt la future importation de viande sud-américaine à bas coût en cas d'accord UE-Mercosur. Cela a amené plusieurs membres du Fine Gael, parti centriste auquel appartient Hogan, à ne pas souhaiter la reconduction de ce dernier, ayant eu un rôle dans les négociations entre les deux entités de libre-échange.
 


Paolo Gentiloni, une surprise signée Giuseppe Conte

Il s'agit là aussi d'une simple curiosité. Paolo Gentiloni, rappelons-le, est l'ancien Président du Conseil des ministres italien, successeur de Matteo Renzi. Son gouvernement est décrit comme un Renzi bis, puisque la plupart des ministres de ce dernier sont reconduits. Après les élections générales italiennes qui ont vu la percée de la Ligue et du M5S, et suite au refus initial de Giuseppe Conte d'exercer le pouvoir, Sergio Matarelle a suggéré le retour de Gentiloni dans le cadre d'un gouvernement technique européen - pour ne pas dire "pilooté par l'Union européenne".
Ce qui attire l'attention, c'est que c'est ce même Giuseppe Conte qui a proposé la nomination de celui qui a failli diriger un gouvernement opposé à ses idées. Mais il y a de quoi parier qu'il pourrait s'agir d'une condition imposée par le Parti démocrate lors de la formation du tout nouveau gouvernement M5S-démocrate.
 


Nicolas Schmit : les luxembourgeois continuent de nous régaler

À côté de son prédécesseur du même pays, Jean-Claude Juncker, ce socialiste de 65 ans a l'air d'un gentil garçon. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir commencé sa carrière, si l'on peut s'exprimer ainsi. En 2011, alors qu'il était ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Immigration, son rival Xavier Bettel (aujourd'hui premier ministre du pays) l'a accusé d'avoir exercé des pression sur les forces de l'ordre pour désengager les poursuites contre son fils de 18 ans. Schmit s'est contenté de nier, reste à voir si l'on le croira.


Rovana Plumb, marchande d'îles ?

Cette socialiste roumaine est ministre par alternance depuis 2012, mais n'a jamais gardé un portefeuille pendant plus de deux ans. Elle est accusée par la Direction nationale anticorruption d'être à l'origine du transfert illégal d'une île du Danube de l'Etat au judet de Teleorman (division administrative régionale du sud du pays). L'île a ensuite été cédée à des sociétés privées. Les faits se seraient déroulés en 2017, alors qu'elle était ministre déléguées aux Fonds européens...


Éléments de conclusion

Ayant déjà décelé une brochette fort sympathique de commissaires farcis aux affaires, nous nous arrêterons en relevant quelques statistiques. Sur les 27 commissaires (Von der Leyen inclue), huit d'entre eux n'ont jamais été élus auparavant, parmi lesquels un n'a jamais eu de mandat ou fonction auparavant, et un autre qui n'a eu que des mandats de commissaires européens. Les six autres ont déjà été nommés ministres, sans avoir concouru à quelque scrutin que ce soit.
Le benjamin est le lituanien Virginijus Sinkevičius, âgé de 28 ans et membre de l'union agraire et des verts. Le doyen est l'espaagnol Josep Borrell, 72 ans, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol. La plupart des autres commissaires sont nés dans les années soixante, ce qui approxime un âge médian de 55 ans.
Dix des commissaires émanent du Parti socialiste européen (Pays-Bas, Espagne, Slovaquie, Finlande, Italie, Luxembourg, Malte, Portugal, Roumanie, Suède), neuf sont membres du Parti populaire européen (Allemagne, Lettonie, Grèce, Croatie, Bulgarie, Chypre, Autriche, Irlande) dont un suspendu (Hongrie, cf. Fidesz), quatre viennent de l'ALDE (Danemark, République tchèque, Belgique, Estonie), un appartient aux Conservateurs et réformistes européens (Pologne, cf. PiS qui a voté la confiance à Ursula von der Leyen) et trois n'ont pas d'étiquette européenne (la française Sylvie Goulard, membre de la République en marche, le lituanien Virginijus Sinkevičius évoqué auparavant et le slovène Janez Lenarčič, sans étiquette).


Nos autres dossiers :