Le plan de sortie de l’Euro des pays du nord

Publié par kronin, le 26-05-2020    

Lors de son audition au Sénat le 13 mai 2020 portant sur la relance verte, l’économiste Gaël Giraud fut interrogé sur les relations franco-allemandes dans le cadre post Covid-19. La réponse qu’il formule est une véritable bombe dans le paysage politique français, mais qui pourtant, n’a trouvé aucun écho médiatique. Vous trouverez ci-dessous 2 versions de la transcription de ses propos. La première provient du site du Sénat :

https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20200511/devdur.html

 

"Vous le dites avec raison, le couple franco-allemand va subir de graves querelles de ménage. Il y a cinq ou six ans déjà — je le sais de source sûre —, les banques centrales d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas et de Finlande ont élaboré un plan de sortie de la zone euro. Ce document, qui n’a aucun caractère officiel, prévoit la construction d’une zone euro nord — il s’agit, en d’autres termes, d’une zone mark étendue —, au cas où les relations avec les pays du Sud se dégraderaient excessivement. Dans cette hypothèse, la France devrait prendre la tête d’une zone euro sud plutôt que de devenir la Grèce de la zone nord"

 

"Soyons-en conscients : nos voisins allemands sont prêts à mettre fin au projet fédérateur européen si leurs intérêts immédiats sont trop gravement menacés par la crise avec les pays du Sud."

 

La seconde version est une transcription réalisée à partir de la captation vidéo de l’audition : https://www.youtube.com/watch?v=R2uLbCe-D-8&t=5115

 

"Pour le couple franco-allemand, je suis bien d’accord qu’il va avoir de grandes difficultés, des querelles de ménage très fortes. Je voudrais simplement attirer votre attention sur le fait que j’ai connaissance d’un plan de sortie de la zone euro par les pays du nord, qui n’a aucun caractère officiel, donc je vous le dis, mais je ne peux pas vous dire d’où j’ai cette information. Les banques centrales d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas et de la Finlande se sont coordonnées il y a 5-6 ans pour mettre en place un plan de sortie et la construction d’une zone euro-nord (qui serait en fait une zone mark étendue), pour le cas où ça chaufferait trop dans la zone euro avec les pays du sud."

 

"La question m’a été posée de savoir ce que devrait faire la France si un tel plan de sortie était activé par les pays du nord. Ma réponse est de ne surtout pas y aller, qu’il vaudrait mieux prendre la tête d’une zone euro sud, plutôt que de devenir les Grecs de la zone nord. Je ne suis pas sûr que ce soit la réponse privilégiée par les administrations publiques françaises qui auraient pu — de manière non officielle — être consultées sur ce sujet. Mais c’est aussi dans ces termes-là que se pose la question du couple franco-allemand. Il ne faut pas du tout être naïf, il faut être conscient que nos voisins allemands sont prêts à mettre fin au projet fédérateur européen si leurs intérêts immédiats étaient trop menacés par la crise avec les pays du sud."

 

La première remarque qui vient à l’esprit, c’est que la transcription du Sénat est relativement édulcorée en comparaison des propos directement rapportés. Ce n’est pas anormal en soit, compte tenu de la nature de l’exercice dû à la longueur des entretiens. Néanmoins, on peut s’interroger sur l’omission d’un détail significatif : le fait que Gaël Giraud admet avoir été interrogé sur ce que devrait faire la France dans le cas où ce plan serait activé. S’il ne précise pas directement qui l’a interrogé, il laisse entendre que sa réponse ne correspondrait pas à la vision des administrations publiques françaises « qui auraient pu — de manière non officielle — être consultées sur ce sujet ».

 

Nous avons donc un économiste français, qui, au cours d’une audition du Sénat, déclare avoir connaissance de l’existence d’un plan d’abandon de l’euro et de la construction d’une zone mark par les pays du nord. Mieux encore, il admet à demi-mot avoir été consulté par l’administration sur les actions à entreprendre ! Ces déclarations sont graves sur plusieurs points : d’une part, ces propos publics datant du 13 mai, n’ont pas été repris dans les grands médias, à l’inverse, ces derniers ont abondamment relayé l’infox de la mutualisation des dettes grâce au plan Macron-Merkel, rejeté le soir même de son annonce, par le chancelier autrichien Sébastian Kurz, rejoint officiellement quelques jours plus tard par le Danemark, la Suède et les Pays-Bas.

 

Il est temps que les Français, et plus particulièrement les élites françaises méditent sur ces paroles : « Il ne faut pas du tout être naïf, il faut être conscient que nos voisins allemands sont prêts à mettre fin au projet fédérateur européen si leurs intérêts immédiats étaient trop menacés par la crise avec les pays du sud ». Il est temps d’arrêter avec les fadaises de l’européisme béat, de la cession des intérêts français tous azimuts, au motif de « faire l’Europe ». Eux qui ne ratent pas une opportunité de nous faire l’éloge de l’Allemagne, qu’ils prennent donc acte et agissent comme les élites allemandes : défendre leur souveraineté nationale.

 

Le 5 mai 2020, la cour constitutionnelle de Karlsruhe fixait un ultimatum de 3 mois à la BCE pour justifier le principe de proportionnalité dans la mise en œuvre de ses programmes de rachats de titres, sous peine d’une suspension de la participation de la Bundesbank à ces programmes. Une telle action mènerait inéluctablement à la dissolution de la zone euro. À cela s’ajoute l’entretien de l’ancien ministre néerlandais Bert de Vries, fervent européiste et acteur de la mise en place de l’euro qui déclarait ce 22 mai au sujet de ce dernier : « Si un projet échoue, il faut oser y mettre fin ». Nous savons désormais qu’un tel scénario est crédible et parfaitement envisagé.

 

Ces propos témoignent d’une chose : si le couple « franco-allemand » est une mauvaise fiction française, le cocufiage des Français, lui, demeure bien réel.

 


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