Eurocorruption en Afrique

Publié par Gulof_, le 24-02-2021    

C’est une information qui est connue depuis peu de temps par le grand public, mais qui a déjà suscité beaucoup de réactions au Parlement européen depuis plusieurs mois. Le 24 novembre 2020, l’eurodéputé allemand David McAllister révèle que le président du Conseil européen Charles Michel a avalisé en septembre dernier l’octroi d’une aide financière de 27 millions d’euros à la Tanzanie au titre de l’équipement du pays pour lutter contre le Covid-19.

Or, il y a un hic : la Tanzanie a annoncé officiellement la disparition de l’épidémie sur son territoire depuis le mois de mai 2020. Et elle refuse à la fois d’appliquer les recommandations de l’OMS (lesquelles préconisent entre autres la mise en place de politiques autoritaires de restriction des libertés) et de communiquer les chiffres de l’épidémie sur son sol.

Comment se fait-il que l’Union européenne soit parvenue à se faire plumer 27 millions d’euros d’impôts des contribuables européens, et combien cette nouvelle saugrenue a-t-elle coûté aux Français ?

Des suspicions de détournement de fonds

L’Union européenne n’a pas été la seule à être sollicitée par la Tanzanie. En effet, le pays a multiplié les demandes d’aides à diverses organisations internationales pour un total de près de 80 millions d’euros entre juin et octobre 2020, en invoquant la lutte contre l’épidémie supposée éteinte. Ces demandes ont été critiquées, à juste titre, puisque l’élection présidentielle s’est tenue le 28 octobre 2020 et l’on soupçonne fortement que les sommes reçues aient été détournées pour financer la campagne du président Magufuli en vue de sa réélection.

Les 27 millions d’euros donnés sans aucun contrôle par l’Union européenne sont donc très probablement partis arroser une vaste corruption électorale en Tanzanie. On rappelle par ailleurs que ce montant est supérieur de seulement (sic) 5 millions d’euros au plafond légal des coûts de campagne présidentielle en France. Et ce n’est pas le seul travers…

Un fonds que nos impôts sur-financent

Le don a été prélevé sur le Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE) récemment étendu aux urgences majeures en matière de santé publique. Or, là aussi il y a plusieurs commentaires à faire.

D’abord, l’intégralité du budget de l’Union européenne - y compris ce qu’elle qualifie de ressources propres - est financée par les contribuables européens, la clé de répartition du financement étant basée sur le revenu national brut des pays membres. Ainsi, les Français paient de leur poche la bagatelle de 21 milliards d’euros par an, soit environ 14% des quelque 148 milliards d’euros du budget européen annuel.

Le FSUE, bien qu’il ne soit pas inclus dans le budget européen, ne déroge pas à cette clé de répartition du financement. On peut alors estimer que sur les 27 millions d’euros donnés à la Tanzanie, presque 4 millions sont exclusivement payés par le contribuable français.

Ensuite, ce fonds est un gouffre pour nos finances. D’après la Commission européenne, le FSUE a versé 5,5 milliards d’euros d’aides diverses aux pays membres depuis sa création en 2002, dont 253 millions à la France. Une simple règle de trois nous permet de conclure que la France a versé en pure perte à ce fonds la bagatelle de 522 millions d’euros. Il ne s’agit là que d’un “instrument spécial”, comme se plaît à le qualifier l’Union européenne. Un instrument qui a quand même pesé 823 millions d’euros en 2020. Et ce n’est pas tout.

Des sommes possiblement indues et une mauvaise gestion des finances à faire grincer des dents

Oui, car le FSUE n’est pas censé, d’après les règles européennes, aider des pays non membres de l’Union européenne ou pour lesquels aucune procédure d’adhésion n’est en cours de négociation. C’est donc une double faute pour l’Union européenne : non seulement elle a réussi à se faire plumer l’argent du contribuable en le distribuant sans garantie, mais en plus elle aurait dérogé à ses propres règles.

Cela a de quoi faire grincer des dents : l’Union européenne se permet chaque année d’évaluer les budgets des États auxquels elle inflige son jugement présomptueux ; elle les contrôle et parfois même les sanctionne en les accusant volontiers de mauvais gestionnaires. C’est tout le sens des procédures de déficit ou de dette excessifs, qui lui permettent de s’arroger le droit de donner des ordres aux gouvernements via les Grandes Orientations de Politique Économique. Au vu du scandale moral que représente l’aide versée à la Tanzanie, certains feraient mieux de balayer devant leurs portes.


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